Histoire et Roman

Extraits d’une conférence tenue le 2 juin 2009 à Strasbourg, à l’invitation du « Café d’Histoire » présidé par Monsieur Marcel Spiesser et de Madame Claire Lovisi, Recteur de l’Académie de Strasbourg.

«  Le Gardien des Âmes » n’est pas un roman historique.

Un auteur de romans historiques se plonge jusque dans les moindres détails dans la période de son roman pour en rendre l’ambiance  avant d’inventer une intrigue, des personnages.

Pour ma part, je suis parti d’une l’idée, de l’idée que nous sommes tous «  traversés » par l’histoire, que nos discours sont encombrés de bribes de mémoire collective, que sous chaque parole individuelle, le romancier peut débusquer un  imaginaire familial, une  affiliation à une mouvance politique idéologique ou religieuse. Mais on ne fait pas de littérature avec des idées. Je l’ai appris à mes dépens, car une première version de mon roman – une sorte de saga familiale fort ennuyeuse  – s’apparentait plus à un copié collé de témoignages historiques qu’à une véritable démarche romanesque…

J’ai alors décidé de laisser parler un narrateur englué dans des questionnements sur l’histoire de sa famille, de son village, de sa région. Avec cette fois-ci une nouvelle difficulté : quelle distance instaurer entre l’auteur et un parfait inconnu qui  révèle sa bizarrerie au fur et à mesure que les pages se noircissent ? J’ai choisi d’écouter et de  suivre ce personnage, ce  qui  n’était pas sans risques. Car très rapidement mon bonhomme m’entraine dans une cave humide dans laquelle il a décidé de s’installer. Puis, au fil des pages écrites sous sa dictée s’impose un constat : la névrose initiale plutôt sympathique de ce narrateur cède progressivement le pas à des symptômes de nature manifestement psychotique.

C’est la langue qui crée le lien entre cet étrange personnage et «  l’idée » de départ. D’autant que cette question est au cœur des obsessions d’un narrateur  hanté par l’histoire de sa province faite de ruptures politiques et linguistiques.

Peut-être mon «  Gardien des âmes » permettra-t-il d’aborder l’Histoire de manière oblique, à partir d’un point de vue – celui de ce narrateur border line – qui revendique son entière subjectivité ? Il constatera d’ailleurs, au milieu d’un véritable déluge de paroles, que   chaque famille est un atelier de fabrication de mémoire.

Mais surtout, chaque lecteur entrera lui aussi de manière oblique – avec sa conscience historique et son amour des mots –  dans les échanges entre  cet étrange gardien des âmes et les fantômes qui lui tiennent compagnie.

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